Michel JULLIARD

photoMichel JULLIARD

Vit et travaille à Gissac (12)

Un poète d’aujourd’hui a écrit : La France manque cruellement de Mexique. Or, si la France manque effectivement de Mexique, alors, elle manque tout autant d’Afrique, d’Inde, etc. Comme lui manque son propre Moyen Age, ses racines primitives, sa spiritualité (la vraie, l’animale). Heureusement, peut-être pour nous, quelques drôles de travailleurs demeurent, au fond de nos campagnes pas encore complètement gazées, qui prennent à leur compte, d’un geste presque léger, toutes ces carences de notre condition contemporaine, et qui, du même geste simple, font se rencontrer (sur une toile, une feuille de papier, mais aussi, sur une pierre, un meuble usuel, un morceau de bois) toute une foule de ces figures mythiques de tous temps, de toutes latitudes, que notre imaginaire moderne, dans son assèchement, a soit évacuées, soit simplement perdues. Michel Julliard est de ces hommes-là. Son oeuvre étonnante, généreuse, peut aussi bien faire penser aux tapisseries hallucinées des Indiens Huichols, qu’à l’expressionnisme africain ou océanien, dont il jure pourtant ne rien connaître ; le bestiaire le plus inattendu voisine avec les citations de poètes surréalistes ou d’anarchistes célèbres ; les corps contiennent d’autres corps, les peintures contiennent des lettres, les paires d’yeux se multiplient… Comme les nôtres, d’yeux, doivent aussi se démultiplier, et prendre le temps de pénétrer cet univers qui, s’il se laisse facilement approcher (on est accueilli sans heurts par une toile de Michel Julliard, rien ne vient blesser le premier regard), n’en est pas moins infiniment complexe dans l’enchâssement minutieux, patient, pluriel, inspiré, de son détail.

Cédric Demangeot